Aristocratie

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Sommaire

[modifier] Enseignement

[modifier] Cours d'histoire philosophique de la pensée

[modifier] Michel Foucault, « Il faut défendre la société » — Cours au Collège de France, 1976

Chez les Mèdes, chez les Perses, vous trouvez également une aristocratie et un peuple. Ce qui prouve à l'évidence qu'il y a eu, derrière cela, luttes, violences et guerres. Et d'ailleurs, chaque fois que l'on voit les différences entre aristocratie et peuple s'atténuer dans une société ou dans un Etat, on peut être sûr que l'Etat va entrer en décadence. La Grèce et Rome ont perdu leurs statuts, et ont même disparu comme Etats, dès lors que leur aristocratie est entrée en décadence. Donc, partout des inégalités, partout des violences fondant des inégalités, partout des guerres. Il n'y a pas de sociétés qui puissent tenir sans cette espèce de tension belliqueuse entre une aristocratie et une masse de peuple.


[modifier] Littérature

[modifier] Critique

[modifier] Giovanni Macchia, Chateaubriand — Europe n°775-776, 1993

Le mythe de Chateaubriand est d'essence aristocratique. Il est irrigué par une volonté d'affirmation ou de réaction : soit en rejetant les distinctions entre le beau et le laid, l'authentique et le faux, comme le proposait Sainte-Beuve, soit en repoussant les attaques, les offenses, les liquidations hâtives auxquelles Chateaubriand fut souvent exposé. Mythe aristocratique : respect de la cohérence. Il n'existait aucune divergence, aucun écart, aucune contradiction entre ses idées politiques, son sentiment religieux, le rôle qu'il joua dans l'histoire de son pays et la forme d'art qu'il cultiva et réalisa : une telle harmonie est en revanche introuvable, pour citer un contemporain, chez le Balzac monarchiste et légitimiste. Romantique au plein sens du terme, Chateaubriand ne dissimulait pas son admiration pour l'une des périodes les plus aristocratiques de la littérature française, le classicisme du Grand Siècle, en opposition à la prose sèche, économique et fonctionnelle des philosophes et des idéologues des Lumières.

  • « L'homme de la mort — Mythification de l'écrivain », Giovanni Macchia, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 10


Le mythe moderne et antibourgeois de Chateaubriand me semble reposer sur trois points : l'impopularité, l'élégance, l'amour du rêve. Très significative est une phrase cinglante à l'adresse de l'académicien Villemain, liquidateur hâtif de la personnalité du vicomte : « Les Villemain — écrit Baudelaire — ne comprendront jamais que les Chateaubriand on droit à des immunités et à des indulgences auxquelles tous les Villemain de l'humanité ne pourront jamais aspirer. » [...] En son essence, la nature aristocrate du mythe de l'écrivain reste inaccessible à l'homme du commun. Ainsi la figure de Chateaubriand vague-t-elle dans l'irrationnel, au-delà de la critique et de l'analyse. Il n'y a pas moyen de le réduire à un détail, à un geste inadéquat, à une parole inopérante. Aucune attaque ne l'effleure. Le vieux dandy, le père du dandysme, le grand gentilhomme de la décadence, accède en littérature à une domination qui s'exerce sur le même plan que le pouvoir politique et militaire. Il fut placé à la même hauteur que son superbe adversaire, Napoléon.

  • « L'homme de la mort — Mythification de l'écrivain », Giovanni Macchia, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 11


[modifier] Jean-Paul Clément, Chateaubriand — Europe n°775-776, 1993

En 1831, Chateaubriand fulmine contre la monarchie bourgeoise « débiffée » de juillet [...].
L'égalité, en passant par l'Etat, secrète en effet une égalité qui lui est consubstantielle. Certes, la Restauration décorera-t-elle la France napoléonienne — la vraie, celle qui survit à travers tout le XIXe siècle — de « fictions » aristocratiques (le mot est de Chateaubriand). Les journées de juillet 1830 en emporteront les lambeaux dérisoires.
En Angleterre, en revanche, estime Chateaubriand, « l'esprit aristocratique a tout pénétré : tout est privilèges, associations, corporations. Les anciens usages, comme les antiques lois et les vieux monuments, sont conservés avec une espèce de culte. Le principe démocratique n'est rien ; quelques assemblées tumultueuses qui se réunissent de temps en temps, en vertu de certains droits de comtés, voilà tout ce qui est accordé à la démocratie. Le peuple, comme dans l'ancienne Rome, client de la haute aristocratie, est le soutien et non le rival de la noblesse ». Il ajoute : « On conçoit, messieurs, que dans un pareil état de choses, la couronne n'a rien à craindre du principe démocratique ; on conçoit aussi comment des pairs de trois royaumes, comment des hommes qui auraient tout à perdre à une révolution, professent publiquement des doctrines qui sembleraient devoir détruire leur existence sociale : c'est qu'au fond, ils ne courent aucun danger. Les membres de l'opposition anglaise prêchent en sûreté la démocratie dans l'aristocratie ; rien n'est si agréable que se donner les discours populaires en conservant des titres, des privilèges et quelques millions de revenus. » On peut, à bon compte, être démocrate sans risque. Chateaubriand ne se prétendait-il pas « bourbonien par honneur » et « républicain par goût », mais aristocrate par la naissance et les manières ?

  • « Chateaubriand et l'Angleterre », Jean-Paul Clément, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 59


Pour lui, l'Angleterre incarne le temps qui féconde, déplace sans détruire et sait même honorer la caducité qu'elle ne voit point comme une entrave, mais le dépôt précieux des âges et la victime honorable de la « conjuration des temps » — formule qui lui est chère —, une sorte d'humus où s'épanouit la double aristocratie des familles et des hommes d'exception, de la terre et du génie, toutes deux bénéfiques, qui font de la propriété de quelques-uns un gage de stabilité sans laquelle il n'y a point de liberté, et de l'orgueil né de l'exception la source d'un renouvellement de la pensée, du langage et des moeurs.

  • Il est ici question de l'opinion de Chateaubriand concernant le régime anglais.
  • « Chateaubriand et l'Angleterre », Jean-Paul Clément, Chateaubriand — Revue Littéraire Europe (ISSN 0014-2751), nº 775-776, Novembre-décembre 1993, p. 60


[modifier] Prose poétique

[modifier] Octavio Paz, Liberté sur parole, 1958

Leur théologie et leurs sacrifices réguliers, avec lesquels ils essayaient d'acheter l'amour de Celles-là, et de s'assurer la bienveillance de Ceux-ci, n'empêchèrent pas qu'un matin de joie, mon pied droit les écrasa, avec leur histoire, leur féroce aristocratie, leurs mutineries, leur langage sacré, leurs chansons populaires, leur théâtre rituel. Et leurs prêtres jamais ne soupçonnèrent que Pieds et Mains étaient les membres d'un même dieu.

  • Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éd. Gallimard, coll. Poésie, 1966 (ISBN 2-07-031789-7), partie II. AIGLE OU SOLEIL ? (1949-1950), Travaux du poète — XII, p. 57
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