Arête
[modifier] Littérature
[modifier] Prose poétique
[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927
Le nouveau corsaire vêtu d’un smoking est à l’avant de son yacht rapide qui de son sillage blanc singeant les princesses des cours périmées, heurte dans sa course tantôt le corps des naufragés errant depuis des semaines, tantôt, enveloppé d’un ridicule drapeau, le corps de celui qui décéda avant d’arriver au port [...], tantôt la troublante arête-squelette d’une sirène défunte pour avoir, une nuit, traversé sans son diadème de méduses les eaux d’une tempête éclairées par un phare puissant perdu loin des côtes et proie des oiseaux fantômes.
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), IV. La brigade des jeux, p. 39
Les membres du club aiment la mer. L’odeur phosphorée qui s’en dégage les grise et, parmi les débris des grèves, épaves de navires, arêtes de poissons, reliquats de villes submergées, ils retrouvent l’atmosphère de l’amour et ce halètement qui, à la même heure, témoigne à notre oreille de l’existence réelle d’un imaginaire, pêle-mêle avec le crissement particulier du varech qui se dessèche, les émanations de ce magnifique aphrodisiaque l’ambre marine, et le clapotis des vagues blanches contre le sexe et les cuisses des baigneuses au moment précis où, atteignant enfin leur ceinture, elles plaquent le maillot contre la chair.
- Il est ici question du Club des Buveurs de Sperme.
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La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), VII. Révélation du monde, p. 69