Antiquité
L’Antiquité est la première des époques de l'histoire d'une civilisation qui commence avec le développement de l'écriture.
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[modifier] Histoire
[modifier] Catherine Salles, Les bas-fonds de l'Antiquité, 1982
La confusion, l'anarchie, l'absence de plan d'ensemble, c'est l'impression première que l'on éprouve à considérer le plan de la plupart des cités antiques. Et Athènes même au moment de son apogée, est bien loin de présenter l'image d'une grande métropole. L'Agora, l'Acropole sont les centres politique et religieux vers lesquels convergent les activités des citoyens. Tout autour les habitations se pressent, construites au hasard des accidents de terrain. Les rues offrent un tracé sinueux qui suit le tracé des pentes des collines. Et quelles rues ! Aucun grand axe, mais des voies irrégulièrent, dont les plus larges atteignent tout juste quatre mètres, mais dont la plupart ne mesurent guère plus d'un mètre cinquante ; des ruelles en pente, souvent très raides, des bouts d'escaliers reliant tant bien que mal les niveaux différents, des culs-de-sac. Pas de dallage dans les rues, des canalisations à ciel ouvert.
Seules les constructions monumentales de l'Acropole et les différents temples de la ville rappellent qu'Athènes est un des centres les plus prestigieux de l'Antiquité.
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Les bas-fonds de l'Antiquité (1982), Catherine Salles, éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2004 (ISBN 2-228-89817-1), partie 1. Le monde grec des hommes, des femmes, des enfants, chap. 1. Trois villes, Athènes : Un urbanisme libre, p. 16
[modifier] Enseignement
[modifier] Cours de littérature européenne
[modifier] Vladimir Nabokov, Littératures, 1941-1958
Les créatures prismatiques de Proust n'ont pas d'emploi, leur emploi est d'amuser l'auteur. Elles sont aussi libres de s'adonner au plaisir et à la conversation que ces légendaires personnages de l'antiquité que nous nous représentons si clairement allongés autour de tables chargées de fruits, ou foulant des sols décorés tout en échangeant de hautes théories, mais que nous ne nous représentons jamais à la comptabilité ou dans un chantier naval.
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Littératures (1980), Vladimir Nabokov (trad. Hélène Pasquier), éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 2010, partie Littératures I, Marcel Proust (1871-1922) — Du côté de chez Swann (1913), p. 287
[modifier] Littérature
[modifier] Écrit intime
[modifier] Paul Klee, Journal, 1957
Dans l'antique Rome on disposait des vomitifs sur la table. De nos jours on les fait s'asseoir en habit et cravate blanche, joliment répartis parmi les invités. Je l'ai constaté moi-même à la société des beaux-arts.
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Journal (1957), Paul Klee, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1959 (ISBN 978-2-246-27913-6), Journal III, p. 200
[modifier] Nouvelle
[modifier] Gérard de Nerval, Les Filles du feu, 1834
Sylvie
Vous êtes une nymphe antique qui vous ignorez. D'ailleurs les bois de cette contrée sont aussi beaux que ceux de la campagne romaine. Il y a là-bas des masses de granit non moins sublimes, et une cascade qui tombe du haut des rochers comme celle de Terni. Je n'ai rien vu là-bas que je puisse regretter ici.
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Les Filles du feu (1834), Gérard de Nerval, éd. Maxi-Livres, coll. Maxi-Poche Classiques Français, 1997 (ISBN 2-8771-4348-1), partie Sylvie — Souvenir du valois, VII. Le bal de Loisy, p. 128
[modifier] André Pieyre de Mandiargues, Le Musée noir, 1924
Le sang de l'agneau
Au centre, un siège antique et de provenance espagnole montrait, feuilles ou flammes, ses sculptures aux trois quarts détruites, son or terni, son cuir éventré qui laissait jaillir une broussaille de crin sauvage ; seul meuble dans ce vaste espace, avec une table grossière et deux ou trois coffres bas tout encroûtés d'un sédiment de sang noir pareil à de l'argile fumée.
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Le Musée noir, André Pieyre de Mandiargues, éd. Gallimard, 1946 (ISBN 2-07-071990-1), Le sang de l'agneau, p. 58
[modifier] Prose poétique
[modifier] Joseph Delteil, Échec, 1923
J'ai cru longtemps qu'il ne fallait s'embarrasser dans la vie ni de femmes, ni de lorgnons, ni de coeurs, mais avoir l'esprit à peu près nu comme une statue antique — à peine une feuille de vigne dans la région du cervelet.
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« Échec », Joseph Delteil, Littérature Nouvelle Série, nº 10, Octobre 1923, p. 6
[modifier] Roman
[modifier] Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900
Une clameur nouvelle, plus forte et plus longue, s’éleva d’entre les deux tutélaires colonnes de granit, pendant que la barque royale abordait à la Piazzetta noire de peuple. Quand le bruit cessait, la foule épaisse avait des remous ; et les galeries du Palais des Doges s’emplissaient d’une rumeur confuse, pareille au bourdonnement illusoire qui anime les volutes des conques marines. Puis, tout à coup, la clameur rejaillissait dans l’air limpide, montait se briser contre la légère forêt marmoréenne, franchissait les têtes des hautes statues, atteignait les pinacles et les croix, se dispersait dans le lointain crépusculaire. Puis, c’était une autre pause pendant laquelle, imperturbable, dominant l’agitation inférieure, continuait l’harmonie multiple des architectures sacrées et profanes où couraient comme une agile mélodie les modulations ioniques de la Bibliothèque et s’élançait comme un cri mystique la cime de la tour nue. Et cette musique silencieuse des lignes immobiles était si puissante qu’elle créait le fantôme presque visible d’une vie plus belle et plus riche, superposé au spectacle de la multitude inquiète. Celle-ci sentait la divinité de l’heure ; et, lorsqu’elle acclamait cette forme nouvelle de la royauté abordant au rivage antique, cette fraîche Reine blonde qu’illuminait un inextinguible sourire, peut-être exhalait-elle son obscure aspiration à dépasser l’étroitesse de la vie vulgaire et à recueillir les dons de l’éternelle Poésie épars sur les pierres et sur les eaux.
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Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 3
Lorsqu’il lui avait parlé du sloughi tremblant, n’avait-il pas deviné de quelles analogies naturelles l’actrice tirait les puissances d’expression qui émerveillaient les poètes et les peuples ? C’était parce qu’elle avait retrouvé le sens dionysiaque de la nature naturante, l’antique ferveur des énergies instinctives et créatrices, l’enthousiasme du dieu multiforme émergé de la fermentation de tous les sucs, c’était pour cela qu’elle apparaissait au théâtre si nouvelle et si grande. Quelquefois, elle avait cru sentir en elle-même l’imminence de ce prodige qui faisait se gonfler d’un lait divin le sein des Ménades à l’approche des petites panthères avides de nourriture.
Elle était là, debout sur l’herbe, agile et fauve comme le lévrier favori, pleine du souvenir confus d’une lointaine origine, vivante et désireuse de vivre sans mesure pendant l’heure brève qui lui était concédée. Elles étaient évanouies, les molles vapeurs des larmes ; tombées, les aspirations douloureuses vers la bonté et le renoncement, disparues, toutes les grises mélancolies du jardin abandonné. La présence de l’animateur élargissait l’espace, changeait le temps, accélérait le battement du cœur, multipliait la faculté de jouir, créait une fois encore le fantôme d’une fête magnifique. Elle était une fois encore telle qu’il voulait la façonner, oublieuse des misères et des craintes, guérie de tout mal triste, créature de chair qui vibrait dans le jour, dans la chaleur, dans le parfum, dans les jeux des apparences, prête à traverser avec lui les plaines évoquées et les dunes et les déserts dans la furie des poursuites, à s’enivrer de cette ivresse, à se réjouir au spectacle du courage, de l’astuce, des proies sanglantes.
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Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. II. L'empire du silence, p. 731
[modifier] Dominique Fernandez, Porporino ou les mystères de Naples, 1974
C'était l'époque où les seigneurs napolitains se faisaient conduire en carrosse à Pompéi, à Herculanum, pour acheter un morceau de statue, une amphore, une lampe d'albâtre volés par les paysans dans les champs de fouilles. La redécouverte de l'Antiquité inclinait tous les arts vers des formes sévères.
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Porporino ou les mystères de Naples (1974), Dominique Fernandez, éd. Grasset, coll. Les Cahiers Rouges, 1974 (ISBN 978-2-246-01243-6), partie III « Naples », Castrapolis, p. 333
[modifier] Psychologie
[modifier] Mary Esther Harding, Les Mystères de la femme, 1953
Dans le monde antique seul un petit nombre de femmes passaient leur existence dans le temple de la déesse Lune, alors que la femme ordinaire ne jouait ce rôle qu'une fois dans sa vie. Cet acte supposait qu'elle acceptait la responsabilité de sa propre vie instinctuelle. Elle l'accomplissait parce qu'elle en avait besoin. Il influait sur ses rapports avec la déesse de l'amour et non sur ceux qu'elle pouvait avoir avec un mari présent ou à venir. Il n'avait rien à voir avec sa sécurité économique, comme c'est le cas dans le mariage ; il concernait uniquement ses rapports à l'égard de son propre instinct.
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Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. X. Le mariage sacré, p. 231