Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles

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Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles, dite la marquise de Lambert, née à Paris en 1647 et morte à Paris le 12 juillet 1733, est une femme de lettres et salonnière française.

Citations propres à l'auteur[modifier]

Avis d’une mère à son fils, 1726[modifier]

Tout homme qui n’aspire pas à se faire un grand nom n’exécutera jamais de grandes choses : ceux qui marchent nonchalamment, souffrent toutes les peines de leur profession, et n’en ont ni l’honneur, ni la récompense.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 5


La naissance fait moins d’honneur qu’elle n’en ordonne, et vanter sa race, c’est louer le mérite d’autrui.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 11


Un Ambassadeur de Perse demandait à la femme de Léonidas pourquoi à Lacédémone on honorait tant les femmes ; c’est qu’elles seules savent faire des hommes, répondit-elle.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 25


Nous croyons souvent n’en vouloir qu’aux hommes, et nous en voulons aux places : jamais ceux qui les ont occupées n’ont été au gré du monde, et on ne leur a rendu justice, que quand ils ont cessé d’y être.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 38-39


S’il ne faut pas toujours dire ce que l’on pense, il faut toujours penser ce que l’on dit.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 41


L’aveu des fautes ne coûte guère à ceux qui sentent en eux de quoi les réparer.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 49-50


L’amour de l’estime est aussi l’âme de la société ; il nous unit les uns aux autres : j’ai besoin de vôtre approbation, vous avez besoin de la mienne : en s’éloignant des hommes, on s’éloigne des vertus nécessaires à la société ; car quand on est seul, on se néglige : le monde vous force à vous observer.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 54-55


La plus nécessaire disposition pour goûter les plaisirs, c’est de savoir s’en passer.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 68


Faites que vos études coulent dans vos mœurs.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 80


Votre Tribunal est en vous-même, pourquoi le chercher ailleurs ?

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 89


Avec de grands emplois et des principes vulgaires, on est toujours agité. C’est la raison qui ôte les soucis de l’âme et non pas les places.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 93


Réflexions nouvelles sur les femmes, 1727[modifier]

Nous gâtons toutes les dispositions que [la nature] a donné [aux femmes] : nous commençons par négliger leur éducation : nous n’occupons leur esprit à rien de solide, et le cœur en profite : nous les destinons à plaire, et elles ne nous plaisent que par leurs grâces ou par leurs vices.

  • Réflexions nouvelles sur les Femmes, par une Dame de la Cour, Anonyme, éd. Le Breton, 1727, p. 29


Avis d’une mère à sa fille, 1728[modifier]

Les plaisirs du monde sont trompeurs : ils promettent plus qu’ils ne donnent ; ils nous inquiètent dans leur recherche, ne nous satisfont point dans leur possession, et nous désespèrent dans leur perte.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 104


Nous vivons avec [nos défauts] comme avec les odeurs que nous portons, nous ne les sentons plus ; elles n’incommodent que les autres.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 164


Ce ne sont pas toujours les fautes qui nous perdent, c’est la manière de se conduire après les avoir faites.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 176


La honte est un orgueil secret, et l’orgueil est une erreur sur ce que l’on vaut, et une injustice sur ce que l’on veut paraître aux autres.

  • Avis d’une Mère à son Fils et à sa Fille, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1728, p. 187


Traité de l’Amitié, 1732[modifier]

Le premier mérite qu’il faut chercher dans votre ami, c’est la vertu, c’est ce qui nous assure qu’il est capable d’amitié, et qu’il en est digne. N’espérez rien de vos liaisons lorsqu’elles n’ont pas ce fondement.

  • Œuvres de Madame la Marquise de Lambert, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1748, t. I, p. 14


Voulez-vous être estimé ? vivez avec des personnes estimables.

  • Œuvres de Madame la Marquise de Lambert, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1748, t. I, p. 15


Traité de la Vieillesse, 1732[modifier]

Un des devoirs de la Vieillesse est de faire usage du temps : moins il nous en reste, plus il doit nous être précieux.

  • Œuvres de Madame la Marquise de Lambert, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1748, t. I, p. 63


Le temps des Chrétiens est le prix de l’Éternité.

  • Œuvres de Madame la Marquise de Lambert, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1748, t. I, p. 63


Pour juger de quelqu’un, il faut lui avoir vu jouer le dernier rôle.

  • Œuvres de Madame la Marquise de Lambert, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1748, t. I, p. 67


Vivre dans l’embarras, c’est vivre à la hâte : le repos allonge la vie. Le monde nous dérobe à nous-mêmes, et la solitude nous y rend. Le monde n’est qu’une troupe de fugitifs d’eux-mêmes.

  • Œuvres de Madame la Marquise de Lambert, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1748, t. I, p. 74-75


Dialogue entre Alexandre et Diogène sur l’Égalité des Biens (posthume), 1747[modifier]

Il y a des Princes de Naissance; il y a des Princes de Fortune ; il n’y a guères de Princes de mérite.

  • Œuvres de Madame la Marquise de Lambert, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1748, t. I, p. 191


Correspondance[modifier]

Il faut bien plus d’esprit pour plaire avec de la bonté qu’avec de la malice.

  • Lettre à Madame la Supérieure de la Magdeleine de Tresnel, sur l’Éducation d’une jeune Demoiselle. (vers 1715)
  • Œuvres de Madame la Marquise de Lambert, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1748, t. I, p. 254


Mettre la sagesse à être heureux, cela est raisonnable ; cependant j’aimerois encore mieux mettre mon bonheur à être sage.

  • Lettre à M. l’abbé ***
  • Œuvres de Madame la Marquise de Lambert, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1748, t. I, p. 310


Je ne sépare point l’idée du bonheur de l’idée de la perfection.

  • Lettre à M. l’abbé ***
  • Œuvres de Madame la Marquise de Lambert, Anne-Thérèse, marquise de Lambert, éd. Ganeau, 1748, t. I, p. 311


Attribution fausses ou douteuses[modifier]

Ne vous permettez jamais que des folies qui vous feront grand plaisir.

  • Ces mots n’apparaissent pas dans les Œuvres complètes ; ils doivent possiblement leur origine à une biographie du comte de Plélo, de 1876 : « La marquise de Lambert, dont Plélo fréquenta le salon, disait à son fils : "Mon enfant, ne vous permettez que les folies qui vous feront grand plaisir." » Mots cités encore par Friedrich Nietzsche dans Par-delà le bien et le mal (1886).
  • Le comte de Plélo, un Gentilhomme français au dix-huitième siècle ; Guérrier, littérateur et diplomate, E. J. B. Rathery, éd. Plon, 1876, p. 29


Il n’importe guère que l’on soit belle, une belle figure change bientôt, mais une bonne conscience reste toujours bonne.

  • Cette citation paraît dans la correspondance de la Princesse Palatine traduite par Gustave Brunet ; Brunet n’est pas une source fiable pour les mots de la Princesse, mais, quoi qu’il en soit, ce n’est pas de Madame de Lambert
  • Correspondance complète de Madame duchesse d’Orléans, née Princesse Palatine, Gustave Brunet, éd. Charpentier, 1855, t. I, p. 33


D'autres auteurs la concernant[modifier]

L’esprit, tel était le lien du salon de Mme de Lambert. C’est par là que, de l’aveu commun, il se distinguait de tous les autres. Point de grandes nuits comme à Sceaux, point de nuits blanches comme à Vaux-Villars, point de soupers suivis ou précédés de séances de jeu comme chez les financiers où « tout était riche, poli, orné, tout hors l’âme du maître. » La santé de Mme de Lambert lui interdisait les veilles. [...] C’était le temps où la duchesse de Vendôme et la duchesse de Berry s’enivraient chaque soir ; où la duchesse du Maine faisait le biribi avec ses gens la nuit entière ; où la maréchale de La Ferté rassemblait après souper autour d’une grande table tous ses fournisseurs, pour leur regagner au lansquenet, en trichant, ce qu’ils lui avaient volé ; où la fille du Régent, Mlle de Valois, traversant la France pour aller rejoindre le duc de Modène qu’elle venait d’épouser, se faisait préparer des relais de jeu et trouvait à chaque station des partenaires qui l’attendaient.

  • L'éducation des femmes par les femmes (1885), Octave Gréard, éd. Hachette et cie, 1889, Madame Lambert, p. 180


Elle regrettait, dans un langage que les précieuses n’auraient pas désavoué, les maisons d’autrefois « où les Muses vivaient en société avec les Grâces. » Elle aimait à évoquer l’ombre charmante de Madame, la protectrice de Racine, l’asile des lettres et des arts, et il ne lui eût pas déplu que le souvenir en vînt à d’autres qu’à elle. « Sous les traits de Lambert, Minerve tient sa cour, » disaient ses flatteurs : Minerve ingénieuse et aimable assurément ; Minerve raisonneuse aussi et toujours armée en sagesse, la Minerve-Mentor du Télémaque.

  • L'éducation des femmes par les femmes (1885), Octave Gréard, éd. Hachette et cie, 1889, Madame Lambert, p. 182


Mme de Lambert et ses amis appartiennent à la génération de transition du dix-septième au dix-huitième siècle, génération tout à la fois engageante et discrète, qui avait l’intelligence et le goût de toutes les hardiesses, mais qui en sentait le péril et qui s’arrêtait au seuil des voies qu’elle avait ouvertes.

  • L'éducation des femmes par les femmes (1885), Octave Gréard, éd. Hachette et cie, 1889, Madame Lambert, p. 183


Montesquieu, qui n’appartenait point au cénacle, mais qui en recevait les échos, écrivait : « L’empire que nous avons sur les femmes est une véritable tyrannie. Nous employons toutes sortes de moyens pour leur abattre le courage ; les forces seraient égales si l’éducation l’était aussi ; éprouvons-les dans les talents que l’éducation n’a point affaiblis, et nous verrons si nous sommes si forts. » On ne peut douter que cette conception plus large du rôle des femmes ne fût, en partie au moins, l’œuvre de Mme de Lambert. Ses idées étaient déjà répandues, et la plupart des traités dans lesquels elle les avait fixées avaient commencé à courir le monde, quand l’écrivain des Lettres persanes et l’auteur de la Nouvelle Colonie s’associaient à la cause qu’elle soutenait, en lui empruntant presque les termes de ses revendications.

  • L'éducation des femmes par les femmes (1885), Octave Gréard, éd. Hachette et cie, 1889, Madame Lambert, p. 185


« Le misanthrope ne sait pas louer : son discernement est gâté par son humeur. L’adulateur, en louant trop, se décrédite et n’honore personne. Le glorieux ne donne des louanges que pour en recevoir : il laisse trop voir qu’il n’a pas le sentiment qui fait louer. Les petits esprits estiment tout parce qu’ils ne connaissent pas la valeur des choses : ils ne savent placer ni l’estime ni le mépris. L’envieux ne loue personne, de peur de se faire des égaux. Un honnête homme loue a propos : il a plus de plaisir à rendre justice qu’à augmenter sa réputation en diminuant celle des autres. » Quand le savoir-vivre repose sur ce fonds de probité et qu’il atteint ce degré de délicatesse, reconnaissons qu’il n’est pas loin de mériter d’être classé au nombre des vertus.

  • L'éducation des femmes par les femmes (1885), Octave Gréard, éd. Hachette et cie, 1889, Madame Lambert, p. 191


Elle distingue dans le monde deux sortes de fous : ceux qui sacrifient le présent à l’avenir et ne se soutiennent que d’espérances, ceux qui sacrifient l’avenir au présent et épuisent au jour le jour toutes leurs ressources : les uns et les autres toujours ardents ou inquiets. De ces deux genres de folies elle rapproche la sérénité de l’homme qui règle sa vie pour en jouir ; qui a reconnu que nos pires ennemis nous font moins de tort que nos défauts.

  • L'éducation des femmes par les femmes (1885), Octave Gréard, éd. Hachette et cie, 1889, Madame Lambert, p. 193


[...] c’est une Cartésienne : en fait de religion, sa règle est de céder aux autorités ; mais sur tout autre sujet elle n’entend recevoir « que l’autorité de la raison et de l’évidence : c’est donner des limites trop étroites à ses pensées que de les renfermer dans celles d’autrui. »

  • L'éducation des femmes par les femmes (1885), Octave Gréard, éd. Hachette et cie, 1889, Madame Lambert, p. 202


Tout aboutit chez Mme de Lambert à ce conseil suprême : « se donner ses heures, se mettre à part, pratiquer la retraite de l’âme, savoir être en soi. » — Être en soi, c’est jouir de ce que l’on est et de ce que l’on a : il faut des repos pour le bonheur ; il suffit de si peu de chose pour troubler notre quiétude : le moindre mal qui puisse nous arriver des ébranlements trop répétés ou des excitations trop vives, c’est de faire échapper ce qu’on tient en attendant ce qu’on désire. — Être en soi, c’est s’appuyer sur sa raison, temporiser avec ses sentiments, haine ou amour, pour arriver à les maîtriser, ne point composer avec ce qui est du train de la volupté, musique, poésie, jeux, spectacles et plaisirs violents, travailler à se craindre et à se respecter, renouveler incessamment ses ressources d’entretien moral et de résistance : « Nous sommes toujours aussi forts contre nous-mêmes et contre les autres que nous voulons l’être. » — Être en soi, c’est n’attendre de la vie que ce qu’elle peut donner [...]. « Ma fille, répète sans cesse Mme de Lambert, hors de soi point de bonheur durable… Ne nous croyons assurée contre les disgrâces que lorsque nous sentirons nos plaisirs naître du fond de notre âme… Tout âge est à charge à qui ne porte pas au dedans de soi ce qui peut rendre la vie heureuse… La plupart des hommes ne savent pas vivre dans leur propre société… Le monde n’est qu’une troupe de fugitifs d’eux-mêmes. »

  • L'éducation des femmes par les femmes (1885), Octave Gréard, éd. Hachette et cie, 1889, Madame Lambert, p. 209


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