Agression
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[modifier] Littérature
[modifier] Roman
[modifier] André Pieyre de Mandiargues, La Marge, 1967
Mêlé à la cohue, Sigismond est entré dans ce qui lui paraît une sorte de corridor à ciel ouvert, le ciel comme un ruban d'obscurité au-dessus de la violente illumination des baies latérales. Épaves est le nom que parfois l'on donne aux bestiaux égarés, il s'est souvenu de cela en voyant dériver les hommes de la bouche d'un bar à celle d'une cafétéria, à celle d'un couloir d'estaminet, à celle d'une impasse, à celle d'un autre bar, et si les hommes vont au Robador avec l'illusion d'être des chasseurs à la recherche de proies, la vérité, se dit-il, est plutôt qu'ils sont eux-mêmes à prendre et que leur démarche flottante les offre sans déni au licou. N'est-ce pas leur meilleur plaisir que de s'exposer ou de se proposer à l'agression féminine ?
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La Marge, André Pieyre de Mandiargues, éd. Gallimard, coll. Folio, 1967 (ISBN 2-07-037294-4), chap. II, p. 65
[modifier] Psychologie
[modifier] Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, 1980
Préambule et divertimento
Femme phallique aux serpents érigés, Méduse est une anti-mère, avec ses écailles pour ne rien sentir, ses mains pour ne rien tenir, ses dents pour déchirer, un amant fugitif, ces enfants qu'elle ne laisse pas naître — car s'ils naissaient ils ne seraient plus tout à fait sa chose, et révéleraient qu'elle est femme ; pour qu'ils viennent au jour, il faudra lui trancher la tête, et pour qu'ils vivent, qu'elles meure. Et ce regard : au contraire d'un regard où l'enfant peut se regarder et se voir ; d'un regard qui embrasse l'enfant comme une totalité ; d'un regard où l'on entre et par où l'enfant peut faire entrer ses émois ; d'un regard, enfin, qui admire, c'est un regard adverse, un regard dardé, un regard qui pénètre, attaque, aveugle, fige et pétrifie : le regard de la disqualification, qui mortifie la vie psychique. Regard, au demeurant, qui louche, et dont les traits, tout de même que ceux du paradoxe, se croisent mais ne s'opposent pas plus qu'ils ne se conjuguent.
Et la chevelure : au-delà de sa phallicité, cette chevelure pourrait bien symboliser le monde des paradoxes ; car non seulement sont érigés les serpents dont elle est faite, mais inextricablement emmêlés. S'ils sont portés par la tête, c'est certes par déplacement vers le haut, c'est aussi pour porter le combat sur le terrain mental, choisi par l'agression paradoxale. D'ailleurs, la chevelure de Méduse avait été ainsi transformée, par Athéna, en punition pour avoir voulu rivaliser avec la déesse : l'usurpation mentale n'aurait-elle pas été le méfait de Méduse ?
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Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Préambule et divertimento, Persée en paradoxie, p. 30
[modifier] Marie Anaut, La Résilience — Surmonter les traumatismes, 2003
Cyrulnik (1999) propose la métaphore de la perle pour illustrer l'oxymoron de ce « merveilleux malheur » du fonctionnement de la résilience. C'est-à-dire comment à partir d'une blessure et d'une souffrance, le sujet peut en faire une expérience qui sera potentiellement fructueuse pour lui. Le résilient élaborerait un oxymoron dont le modèle est celui de la perle fabriquée par l'huître en réponse à une agression.
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La Résilience — Surmonter les traumatismes, Marie Anaut, éd. Armand Colin, coll. 128, 2008 (ISBN 978-2-200-35348-3), partie 2. A la rencontre de la résilience, chap. 6. Métaphores et illustrations de la résilience, 6.2 L'oxymoron du « merveilleux malheur » (Cyrulnik), p. 54
[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006
La relation d'emprise (cadre psychanalytique)
La perversion est une activité de nature auto-érotique qui a pour condition le déni du statut de sujet chez le partenaire (F. Pasche, 1983). La perversité au contraire est de nature destructrice et vise la réalité psychique de l’autre qui est agressé (Ey, 1989).
Pour Racamier, la « pensée perverse » doit s’entendre au sens de la perversité, et non de la perversion érogène.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [1], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Ayant un constant besoin d’être rassuré par autrui pour ne pas se confronter à son vide intérieur, le narcissique devient dépendant de l’autre et l’utilise pour se valoriser. Le mouvement pervers se met en place quand l’affectif fait défaut, ou bien lorsqu’il existe une trop grande proximité avec l’autre. Le pervers l’agresse en le soumettant à ce qu’il redoute lui-même le plus, c’est-à-dire son propre anéantissement.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [2], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Les sciences cognitives nous apprennent pourtant qu’il ne s’agit probablement pas seulement d’une manifestation de masochisme ou de la jouissance d’être victime mais d’une altération des moyens de défense par une agression passée (cf. infra, l’impuissance apprise). La soumission apparente de la victime n’est pas qu’un symptôme : c’est une stratégie adaptative et de survie dans une relation où l’opposition frontale à l’agresseur semble entraîner l’aggravation de la violence. Lorsqu’un individu apprend par expérience qu’il est incapable d’agir sur son environnement pour le transformer en sa faveur, il devient physiologiquement incapable d’entreprendre quelque modification que ce soit.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de la victime d'une relation d'emprise, dans [3], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Modèle systémique
[...] la violence n’est pas inhérente à certains individus : chacun porte en soi une part de violence, qui peut émerger, dans tel contexte ou relation, selon des manifestations ou des modalités diverses. Il existe en chaque individu un équilibre entre violence et non violence, ce ne sont pas des états qui s’excluent l’un l’autre. Cette violence intrinsèque peut s’exprimer de deux façons : sur le mode de l’agressivité, force de construction et de défense, servant à définir et à protéger son espace personnel ; ou sur le mode de l’agression, force de destruction de soi et de l’autre, qui menace et rend confuses les limites interindividuelles. La violence est ici définie comme : « toute atteinte à l’intégrité physique et psychique de l’individu qui s’accompagne d’un sentiment de contrainte et de danger. »
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle systémique : La violence, phénomène interactionnel, dans [4], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise
Quoi qu’elle fasse, la victime d’une relation d’emprise sera toujours pour l’initiateur de la violence un objet de haine et de mépris. La victime ne peut rien faire pour modifier la relation et doit accepter son impuissance. Il faut donc qu’elle ait une image suffisamment bonne d’elle-même pour que les agressions répétées qu’elle subit ne remettent pas en cause son identité.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise : Sortir de la relation d'emprise, dans [5], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Être engagé dans une relation d’emprise constitue un traumatisme psychique qu’un sujet résilient pourrait surmonter, peut-être, avec moins de difficultés qu’un autre. Mais la résilience est une faculté qui ne peut être appréciée qu’après coup, devant le constat de l’absence de troubles psychiques consécutifs à la survenue d’un traumatisme psychologique. Il faut en outre souligner que, si un individu possède de bonnes capacités de résilience, leur mise en oeuvre effective en cas d’agression et leur aptitude à diminuer les effets du traumatisme n’est pourtant pas automatique. Ces capacités, même si elles sont fortement développées, peuvent être débordées à l’occasion d’un événement particulièrement vulnérant, comme l’est une relation d’emprise.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise : Sortir de la relation d'emprise, dans [6], paru Textes Psy, Cédric Roos.
[...] ne pouvant que faiblement s’appuyer sur l’extérieur, la victime doit d’abord prendre conscience de sa situation d’assujettissement. Il est essentiel pour cela qu’elle anticipe l’inattendu et l’imprévisible : il lui faut accepter que la réalité ne soit pas toujours telle qu’elle semble être, et faire le deuil, parfois douloureux, de ses illusions, avant de pouvoir espérer sortir de cette relation. C’est alors en montrant qu’elle n’a pas peur, que la victime peut briser le cercle vicieux de la relation d’emprise et essayer de désamorcer l’agression.
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise : Sortir de la relation d'emprise, dans [7], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Dans une manœuvre perverse, le but est de déstabiliser l’autre et de le faire douter de lui-même et des autres. [...] Pour ne pas se laisser impressionner, il faut que le partenaire n’ait aucun doute sur lui-même et sur les décisions à prendre, et ne tienne pas compte des agressions (Hirigoyen, 1998).
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La relation d'emprise dans le soin, 2006, Évolutions et séquelles d'une relation d'emprise : Sortir de la relation d'emprise, dans [8], paru Textes Psy, Cédric Roos.