Agonie
Sommaire |
[modifier] Littérature
[modifier] Prose poétique
[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927
Je sais quelle est l’agonie d’un navire pris dans la banquise, je connais le râle froid et la mort pharaonique des explorateurs arctiques et antarctiques, avec ses anges rouges et verts et le scorbut et la peau brûlée par le froid.
-
La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), V. La baie de la faim, p. 49
[modifier] René Char, Fureur et mystère, 1948
Louis Curel de la Sorgue
La création et la risée se dissocient. L'air-roi s'annonce. Sorgue, tes épaules comme un livre ouvert propagent leur lecture. Tu as été, enfant, le fiancé de cette fleur au chemin tracé dans le rocher qui s'évadait par un frelon... Courbé, tu observes aujourd'hui l'agonie du persécuteur qui arracha à l'aimant de la terre la cruauté d'innombrables fourmis pour la jeter en millions de meurtriers contre les tiens et ton espoir. Ecrase donc encore une fois cet oeuf cancéreux qui résiste...
-
Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1962 (ISBN 2-07-030065-X), partie SEULS DEMEURENT (1938-1944), Louis Curel de la Sorgue, p. 41
Partage formel
Fureur et mystère tour à tour le séduisirent et le consumèrent. Puis vint l'année qui acheva son agonie de saxifrage.
-
Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1962 (ISBN 2-07-030065-X), partie SEULS DEMEURENT (1938-1944), Partage formel, p. 68
[modifier] Roman
[modifier] Charles Robert Maturin, Melmoth — L'homme errant, 1820
— Et c'est cela, alors, la vie monastique ? — C'est cela ; à deux exceptions près : pour ceux qui, par l'imagination, peuvent renouveler chaque jour l'espoir de s'échapper et chérissent cet espoir jusqu'à leur lit de mort ; pour ceux qui, comme moi, diminuent leur misère en la divisant et, semblables à l'araignée, se soulagent du poison dont ils sont gonflés en en instillant une goutte à chaque insecte qui, comme vous, peine et agonise dans leur toile.
-
Melmoth — L'homme errant (1820), Charles Robert Maturin (trad. Jacqueline Marc-Chadourne), éd. Phébus, coll. Libretto, 1996 (ISBN 978-2-85-940553-3), Récit de l'Espagnol, p. 156
[modifier] Alexandre Dumas, Le Capitaine Pamphile, 1839
Le capitaine Pamphile, en passant à la hauteur du cap des Palmes, en vue de la Guinée supérieure, avait attrapé dans sa chambre un magnifique papillon, véritable fleur volante des tropiques, aux ailes diaprées et étincelantes comme la gorge d'un colibri. Le capitaine, ainsi que nous l'avons vu, ne négligeait rien de ce qui pouvait avoir une valeur quelconque à son retour en Europe ; en conséquence, il avait pris son hôte imprudent avec les plus grandes précautions, afin de ne point miroiter le velours de ses ailes, et l'avait cloué avec une épingle contre le lambris de l'appartement. Il n'y a pas un de vous qui n'ait vu l'agonie d'un papillon, et qui, entraîné par le désir de conserver, dans une boîte ou sous un verre, ce gracieux enfant de l'été, n'ait étouffé sous ce désir la sensibilité de son coeur.
-
Le Capitaine Pamphile (1839), Alexandre Dumas, éd. Gallimard, coll. Folio classique, 2003 (ISBN 978-2-07-042652-2), VII. Comment Tom embrassa la fille de la portière, qui montait de la crème, et quelle décision fut prise à l'égard de cet événement, p. 101