Absolu
[modifier] Littérature
[modifier] Critique
[modifier] Annie Le Brun, Les châteaux de la subversion, 1982
En fait, le Melmoth de Maturin et le Melmoth réconcilié de Balzac sont des frères ennemis qui illustrent peut-être comme jamais encore cette opposition radicale du merveilleux et du fantastique : autant la soif d'absolu du premier Melmoth ne cesse-t-elle d'appeler en tout lieu, en tout moment, l'infini de l'espace imaginaire, autant le conte de Balzac, aboutissant à circonscrire, et du même coup à anéantir, la toute-puissance de son héros dans l'espace exigu d'un grenier de la rue Saint-Honoré, pourrait se confondre avec une opération essentiellement réductrice.
Plus de fuite vers l'imaginaire, plus de recherche de l'absolu, toutes les passions de la créature humaine sont désormais localisables, mesurables. Le sens devient dès lors une valeur qui se contrôle comme les autres, plus que les autres. Et puisque la malédiction n'a plus cours, c'est justement tout ce qui échappe à l'évaluation réaliste qui se trouve par là même frappé de malédiction, c'est-à-dire de non-existence.
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Les châteaux de la subversion, Annie Le Brun, éd. Garnier Frères, coll. Folio Essais, 1982 (ISBN 2-07-032341-2), partie I, « Melmoth réconcilié » ou le prix d'une entrée dans l'histoire, p. 31