Absence

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L'absence est le fait d’être absent. En droit se dit de la situation d’une personne dont on n’a pas reçu de nouvelles depuis une certaine époque et dont la résidence actuelle n’est pas connue.

Sommaire

[modifier] Littérature

[modifier] Critique

[modifier] Annie Le Brun, Les châteaux de la subversion, 1982

Il n'est pas de roman noir qui ne mette spectaculairement en scène l'absence ou l'imprécision du tourmenteur.
Absence ostentatoire qui fait en quelque sorte basculer la question du mal dans l'imaginaire. Dans la mesure où le scélérat du roman noir en acquiert une toute-puissance cosmique qui met paradoxalement le mal à la portée de tous. Il est ici, il est là, il est dans l'air comme une redoutable énergie avec laquelle il va falloir se mesurer. Du même coup, le voilà rendu à l'état de nature, le voilà rendu à son innocence première.

  • Les châteaux de la subversion, Annie Le Brun, éd. Garnier Frères, coll. Folio Essais, 1982 (ISBN 2-07-032341-2), partie III, Sans lieu ni date, p. 226


[modifier] Prose poétique

[modifier] André Breton, Poisson soluble, 1924

La prostituée commence son chant plus détourné qu'un ruisseau frais au pays de l'Aile clouée mais ce n'est malgré tout qu'absence.


[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927

Ne me dites pas qu’elle est belle, elle est émouvante. Sa vue imprime à mon cœur un mouvement plus rapide, son absence emplit mon esprit.
Banalité ! Banalité ! Le voilà donc ce style sensuel ! La voici cette prose abondante. Qu’il y a loin de la plume à la bouche. Sois donc absurde, roman où je veux prétentieusement emprisonner mes aspirations robustes à l’amour, sois insuffisant, sois pauvre, sois décevant.


[modifier] René Char, Fureur et mystère, 1948

L'absent

J'ai essayé de vous décrire ce compère indélébile que nous sommes quelques-uns à avoir fréquenté. Nous dormirons dans l'espérance, nous dormirons en son absence, puisque la raison ne soupçonne pas que ce qu'elle nomme, à la légère, absence, occupe le fourneau dans l'unité.

  • Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1962 (ISBN 2-07-030065-X), partie SEULS DEMEURENT (1938-1944), L'absent, p. 39


Le Bulletin des baux

Ta dictée n'a ni achèvement ni fin. Souchetée seulement d'absences, de volets arrachés, de pures inactions.
Juxtapose à la fatalité la résistance à la fatalité. Tu connaîtras d'étranges hauteurs.

  • Fureur et mystère (1948), René Char, éd. Gallimard, coll. Poésie, 1962 (ISBN 2-07-030065-X), partie LE POEME PULVERISE (1945-1947), Le Bulletin des baux, p. 188


[modifier] Joyce Mansour, Dolman le maléfique, 1961

« Je veux être père ». C'était dit d'un ton minable et Dolman n'en put croire ses oreilles. « Quoi ? » La voix s'enlisa dans la boue criblée de gousses d'ail et siffla : « Il faut que je sois père, ne serait-ce que d’un pou ». « Laissez-moi réfléchir, dit Dolman à quatre pattes, revenez après la nuit. » La voix se fit pressante : « Gardez-moi près de vous, je suis bien dans cette hutte ». « Non ! », trancha l'homme et le Caressant déguerpit, proférant des injures, mais vaincu pour l'instant. Dolman se coucha, dormit et se réveilla sans avoir trouvé de solution, sans même être en mesure d'y songer. Douze heures plus tard l'Affreux réapparut. Dolman apaisa l'ombre d'un geste accablé. « Je serai votre cygne ». La Bête se dressa. « Retirez votre chemise, vos poils, votre hargne. Chantez les charmes de l’hallucination, les tourbillons de l’oreiller, la poitrine glacée de la nuit. Vous êtes l’épouse terrible attendue depuis toujours ». Dolman, ouvrant la bouche, constata que sa voix était absente. « Je suis perdu, pensa-t-il. Joué. Comment ai-je pu espérer me mesurer avec la Peur ? » Et il rampa vers l'escalier de l'Époux.

  • « Dolman le maléfique », Joyce Mansour, La Brèche, nº 1, Octobre 1961, p. 52


[modifier] Roman

[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937

L'odeur vireuse perce les entrelacs des peaux glissantes qui sans quitter l'arbre plongent dans le sol pour rejaillir à plusieurs mètres en arceaux terribles. Ce qui reste de lumière ne paraît produit que par les lointaines lampes trop blanches du datura, apparues à travers de rares mailles de l'enchevêtrement. La qualité de cette lumière la rend moins supportable que ne serait son absence en pareil lieu. On croit voir, éclatantes de pâleur, des robes du soir suspendues en l'air.


[modifier] Psychologie

[modifier] Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005

Caractéristiques des perversions

Le processus pervers est en relation avec le fantasme de castration. Dans toutes les perversions, il y a déni de l'absence de pénis de la mère, c'est-à-dire de la différence des sexes et, donc, du fantasme de castration. Ce déni entraîne un clivage, séparation du moi entre deux attitudes opposées, l'une admet la réalité de la différence des sexes, l'autre l'ignore.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 2. Critères psychopathologiques, 2.1 Les conceptions freudienne, p. 40


La structure perverse a pour particularité une reconnaissance de la loi et de la castration, mais sur le mode original du déni de la réalité du sexe de l'autre ou de son narcissisme (la loi existe puisque le pervers la transgresse et jouit de cette transgression). Cette position de contestation relève d'un clivage du moi qui permet la coexistence de deux représentations psychiques contradictoires qui fonctionnent sans s'influencer mutuellement : l'absence et la présence du phallus chez la femme.

  • Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie II. Caractéristiques des perversions, chap. 2. Critères psychopathologiques, 2.2 Les conceptions post-freudiennes b) Structure perverse ?, p. 49


[modifier] Citations

Gœtz : Et voilà, mon Dieu : nous sommes de nouveau face à face, comme au bon vieux temps où je faisais le mal. (...) Dis : La nuit, c'est toi, hein ? La nuit, l'absence déchirante de tout ! Car tu es celui qui est présent dans l'universelle absence, celui qu'on entend quand tout est silence, celui qu'on voit quand on ne voit plus rien.

  • Gœtz s'adressant à Dieu, chassé de l'armée des pauvres après le triomphe oratoire de Karl, et qui avoue avoir échoué face à la méchanceté des hommes.


Poussière de craie, chiffrant un néant qui cherche à gonfler la bulle, la fine membrane blanche qui l'enclôt, délinéant une part de nuit obscure et contournée sur le fond d'une nuit d'asphalte plus vaste, ligne hâtive silhouettant une absence et que les passants indifférents crèvent, emportent et dispersent à la semelle de leurs souliers.

  • (A propos d'une silhouette de craie sur un trottoir, suite à mort violente)
  • La Décomposition, Anne F. Garréta, éd. Grasset (Le Livre de Poche), 1999, p. 50


La salade manque de sel, et la salière n'est pas sur la table. Normalement, elle devrait être là. C'est comme ça que je l'ai remarquée, parce qu'elle n'était pas là, comme toujours. A l'écart, en attente. Disponible, sachant se faire oublier. Quand elle est là, personne ne la remarque jamais. Son rôle : juste être là. Au cas où. Si par hasard.

  • Dernières nouvelles des choses, Roger-Pol Droit, éd. Odile Jacob, 2003, p. 49-50


Je ne pourrai jamais les écouter [les voix enregistrées sur mon répondeur] comme si j'étais là. De fait, je suis revenu. J'écoute les messages, vous voyez bien. Toutefois, de même que j'entends dans ces voix leur absence, je perçois, dans mon audition actuelle, mon absence d'avant. Quand ces voix parlent, je ne suis pas là. Quand je suis là, les écoutant, je persiste à ne pas y être entièrement, du fait même que les écouter me renvoie à mon absence.

  • Dernières nouvelles des choses, Roger-Pol Droit, éd. Odile Jacob, 2003, p. 154-155


Le téléviseur n'est pas comme tel instrument de domination, de contrainte ni de contrôle. Il fait en un sens beaucoup plus, et mieux : il provoque l'absence de soi-même à domicile. Vous croyez voir le monde entier dans votre salon ou votre chambre. C'est vous qui êtes parti.

  • Dernières nouvelles des choses, Roger-Pol Droit, éd. Odile Jacob, 2003, p. 211


L'ombre, le reflet et l'écho sont les attributs obligés de tout objet réel, quelle qu'en soit la nature ; s'ils viennent à manquer, [...] ils déboutent par leur absence n'importe quel objet d'une prétention à la réalité.

  • Impressions fugitives : L'ombre, le reflet, l'écho, Clément Rosset, éd. Les Editions de Minuit, 2004 (ISBN 2-7073-1853-1), p. 12


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