État limite
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[modifier] Psychologie
[modifier] Paul-Claude Racamier, Les Schizophrènes, 1980
Les paradoxes des schizophrènes
Il est essentiel de garder à l'esprit, conforme aux propositions freudiennes essentielles, une distinction clinique simple entre la psychose à l'état natif et la psychose en état d'organisation. L'état natif, cliniquement primordial, nous le décrirons comme un processus paranoïde ; il n'est jamais durable ; il est pétri d'angoisse ; le moi s'y trouve à vif et mis à nu ; les investissements se liquidifient : on pourrait par image parler de psychose liquide (après la blanche et la froide, voici donc la psychose liquide). Tout autre est l'organisation de long cours, aménagée soit pour éviter ces éclipses bouleversantes, comme maintes personnalités en marge de la psychose (et différentes des cas limites étudiés par Bergeret, 1970, 1976), soit encore, comme les schizophrénies, à partir de ces expériences.
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Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. Petite bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 978-2-228-89427-2), partie Les paradoxes des schizophrènes, chap. 1. Premier coup d'oeil et panorama, Où l'on balance entre la catastrophe et l'aménagement, p. 53
[modifier] Patrick Charrier/Astrid Hirschelmann-Ambrosi, Les états limites, 2004
Le toxicomane est état limite parce que le produit joue le rôle d'objet anaclitique, dépendance sur laquelle s'appuyer pour ne pas sombrer.
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Les états limites, Patrick Charrier/Astrid Hirschelmann-Ambrosi, éd. Armand Colin, coll. 128, 2008 (ISBN 978-2-200-35348-3), partie 5. Manifestations cliniques des états limites ou les dangers de l'inférence, 1. Les dangers de l'inférence, p. 112
[modifier] François Marty, Les grands concepts de la psychologie clinique, 2008
La projection
A quel moment [les défenses] deviennent-elles pathologiques ? Au moment où elles deviennent tyranniques et agressent le fonctionnement du monde interne au lieu de le faciliter. Il est ainsi des défenses coûteuses pour l'économie du sujet parce qu'elles sont utilisées répétitivement d'une manière inopérante et qu'aucun apprentissage ne peut réguler leur utilisation. C'est ainsi que la projection, dans les phobies invalidantes, les états limites ou les psychoses, au lieu de protéger l'espace psychique, contribue au rétrécissement de son économie.
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Les grands concepts de la psychologie clinique, François Marty (Sous la direction de), éd. Dunod, 2008 (ISBN 978-2-10-051145-7), Introduction, p. 66
Les états limites
Pour J. Bergeret (1975), il existe une structure névrotique, une structure psychotique et une voie a-structurelle constituant l'état limite. Ce défaut de structuration provient d'un traumatisme affectif précoce, réel et désorganisant empêchant l'accès à l'oedipe et entravant, par conséquent, la constitution du surmoi. Après une pseudo-latence prolongée, sorte d'aménagement du moi cherchant à limiter les effets du traumatisme, le sujet va s'installer dans un « tronc commun aménagé » dont les caractéristiques sont l'angoisse de perte d'objet, la relation d'objet anaclitique et le clivage du moi. En dehors des désorganisations aiguës, l'évolution du tronc commun se fait le plus souvent vers deux types d'aménagements relativement stables : l'aménagement caractériel et l'aménagement pervers.
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Les grands concepts de la psychologie clinique, François Marty (Sous la direction de), éd. Dunod, 2008 (ISBN 978-2-10-051145-7), 3 Les conceptions des principaux courants psychanalytiques contemporains, p. 235
Pour l'auteur, l'état limite représente avant tout une pathologie du narcissisme dominé par la dépendance à un objet/béquille dont le sujet attend idéalement réparation. Le risque dépressif permanent est lié à l'angoisse de séparation d'avec cet objet auquel toutes les demandes mais aussi tous les reproches sont adressés.
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Les grands concepts de la psychologie clinique, François Marty (Sous la direction de), éd. Dunod, 2008 (ISBN 978-2-10-051145-7), 3 Les conceptions des principaux courants psychanalytiques contemporains, p. 235
A. Green (1990) a développé une réflexion originale sur les cas limites, qu'il considère comme « les états limites de l'analysabilité » en raison des difficultés à penser pour ceux qui en sont atteints, découlant de la défaillance de leurs capacités de représentation et de symbolisation. Chez ces sujets, la pensée est comme vide de représentation, vide de fantasmes et de créativité. Pour l'auteur, l'« exlusion somatique » et l'« expulsion par l'acte » ont pour fonction de court-circuiter l'activité psychique entraînant un état de blanc de la pensée, sous-tendu par le clivage de la « dépression primaire ». Green précise toutefois que les créations de ces sujets existent bel et bien mais ne possèdent pas de valeur fonctionnelle pour leur appareil psychique.
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Les grands concepts de la psychologie clinique, François Marty (Sous la direction de), éd. Dunod, 2008 (ISBN 978-2-10-051145-7), 3 Les conceptions des principaux courants psychanalytiques contemporains, p. 236
Le fonctionnement psychique des états limites est caractérisée par des limites incertaines, entraînant un vacillement plus ou moins prononcé des espaces internes et des espaces entre dedans et dehors. Au niveau interne, la précarité du moi et du surmoi laisse ponctuellement affluer les forces pulsionnelles du ça, ne permettant pas qu'une limite pare-excitante s'établisse clairement et efficacement.
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Les grands concepts de la psychologie clinique, François Marty (Sous la direction de), éd. Dunod, 2008 (ISBN 978-2-10-051145-7), 4 Spécificités cliniques des états limites, p. 237
[...] la crainte de perdre l'objet entraîne une surenchère de mouvements psychiques servant à lutter contre l'angoisse de séparation : l'identification projective, permettant de contrôler l'objet afin d'éviter les risques encourus par son éloignement, contribue aussi à brouiller le limites entre soi et l'autre.
Cette difficulté à fermer les espaces internes et à établir des frontières sûres entre sujet et objet évoque la notion de moi-peau passoire théorisée par D. Anzieu (1985). En effet, le concept de moi-peau est précieux pour se représenter le défaut de contenance psychique ou encore le manque de différenciation du soi chez l'état limite.
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Les grands concepts de la psychologie clinique, François Marty (Sous la direction de), éd. Dunod, 2008 (ISBN 978-2-10-051145-7), 4 Spécificités cliniques des états limites, p. 237