Émotion
Sommaire |
[modifier] Littérature
[modifier] Prose poétique
[modifier] Francis Picabia, Dactylocoque, 1922
La fille du ventre blanc frôle ma jambe et me donne une émotion sincère, écoutez-moi :
Broyer du noir ou du blanc c'est pareil ; n'avez-vous pas l'obscur sentiment de la lumière ? personne ne vous trompe, vous n'êtes plus jaloux ; ne pensez pas aux cimetières, à la misère, vivez comme le petit Jésus, tout nus mais ayez un parasol pour mettre votre sexe à l'ombre.
-
« Dactylocoque », Francis Picabia, Littérature Nouvelle Série, nº 7, Décembre 1922, p. 11
[modifier] Robert Desnos, La liberté ou l'amour !, 1927
Il arriva dans une ville de chercheurs d’or. Dans un bal dansait une Espagnole vêtue de façon excitante. Il la suivit dans une chambre soupentée où l’écho des querelles et de l’orchestre arrivait assourdi. Il la déshabilla lui-même, mettant à détacher chaque vêtement une lenteur sage et fertile en émotion. Le lit fut alors le lieu d’un combat sauvage, il la mordit, elle se débattit, cria et l’amant de la danseuse, un redoutable sang-mêlé, heurta à la porte.
-
La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), III. Tout ce qu'on voit est d'or, p. 28
Ne me dites pas qu’elle est belle, elle est émouvante. Sa vue imprime à mon cœur un mouvement plus rapide, son absence emplit mon esprit.
Banalité ! Banalité ! Le voilà donc ce style sensuel ! La voici cette prose abondante. Qu’il y a loin de la plume à la bouche. Sois donc absurde, roman où je veux prétentieusement emprisonner mes aspirations robustes à l’amour, sois insuffisant, sois pauvre, sois décevant.
-
La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), IV. La brigade des jeux, p. 45
Je t’aime et tu feins de m’ignorer. Je veux croire que tu feins de m’ignorer ou plutôt non ta mimique est pleine d’allusions. La phrase la plus banale a des sous-entendus émouvants quand c’est toi qui m’adresses la parole.
-
La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), V. La baie de la faim, p. 49
Paysage de l’émotion, région supérieure de l’amour où nous construisons des tombeaux jamais occupés, lorsque la métamorphose physique finale est évoquée en votre présence l’homme prend quelque noblesse.
-
La liberté ou l'amour ! (1927), Robert Desnos, éd. Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1962 (ISBN 978-2-07-027695-0), VII. Révélation du monde, p. 66
[modifier] Récit de voyage
[modifier] Guy de Maupassant, La Vie errante, 1890
La Côte italienne
En revenant à bord du yacht j’aperçois tout à coup, le long du quai, dans une balancelle napolitaine, sur une immense table tenant tout le pont, quelque chose d’étrange comme un festin d’assassins. Sanglants, d’un rouge de meurtre, couvrant le bateau entier d’une couleur et, au premier coup d’œil, d’une émotion de tuerie, de massacre, de viande déchiquetée, s’étalent, devant trente matelots aux figures brunes, soixante ou cent quartiers de pastèques pourpres éventrées.
-
La Vie errante, Guy de Maupassant, éd. P. Ollendorff, 1890, La Côte italienne, p. 29
[modifier] Roman
[modifier] Gabriele D'Annunzio, Le Feu, 1900
— C’est vous, Stelio, — dit-elle avec ce faible sourire qui voilait sa pensée, en dégageant doucement sa main de celle de son ami, — c’est vous maintenant qui voulez m’enivrer… Regardez ! — s’écria-t-elle pour rompre le charme, en montrant du doigt une barque chargée qui venait lentement à leur rencontre. — Regardez vos grenades !
Mais sa voix était émue.
Alors, dans le rêve crépusculaire, sur l’eau délicatement verte et argentée comme les jeunes feuilles du saule, ils regardèrent passer le bateau débordant de ces fruits emblématiques qui font penser à des choses riches et cachées, à des écrins en cuir vermeil surmontés de la couronne d’un roi donateur, les uns clos, les autres entr’ouverts sur les gemmes agglomérées.
-
Le Feu, Gabriele D'Annunzio, éd. La Revue de Paris, 1900, chap. I. L'épiphanie du feu, p. 10
[modifier] Renée Dunan, La Culotte en jersey de soi, 1923
— L'émotion la plus âpre est-elle sexuelle ou autre? Est-elle de surprise et de défaite, ou de défense et de triomphe ? Voilà le problème secrètement posé à illustrer.
— Très bien. Nous passerons en revue la sensibilité humaine entière...
— Eh oui ! Rappelons nos vingt ans et...
— J'acquiesce.
— Et moi.
— Et moi.
— Et nous.
-
La Culotte en jersey de soi (1923), Renée Dunan, éd. Le Cercle Poche, 2011 (ISBN 978-2-84714-152-8), p. 14
[modifier] André Breton, L'Amour fou, 1937
Les passants matinaux qui hanteront dans quelques heures ce marché perdront presque tout de l'émotion qui peut se dégager au spectacle des étoffes végétales lorsquelles font vraiment connaissance avec le pavé de la ville. C'est merveille de les voir une dernière fois rassemblées par espèces sur le toit des voitures qui les amènent, comme elles sont nées si semblables les unes aux autres de l'ensemencement. Tout engourdies aussi par la nuit et si pures encore de tout contact qu'il semble que c'est par immense dortoirs qu'on les a transportées. Sur le sol pour moi à nouveau immobilisées, elles reprennent aussitôt leur sommeil, serrées les unes contre les autres et jumelles à perte de vue.
- Il est ici question du Quai aux fleurs à Paris.
-
L'Amour fou, André Breton, éd. Gallimard, 1976 (ISBN 978-2070367238), p. 73 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
La surprise doit être recherchée pour elle-même, inconditionnellement. Elle n'existe que dans l'intrication en un seul objet du naturel et du surnaturel, que dans l'émotion de tenir et en même temps de sentir s'échapper le ménure-lyre. Le fait de voir la nécessité naturelle s'opposer à la nécessité humaine ou logique, de cesser de tendre éperdument à leur conciliation, de nier en amour la persistance du coup de foudre et dans la vie la continuité parfaite de l'impossible et du possible témoignent de la perte de ce que je tiens pour le seul état de grâce.
-
L'Amour fou, André Breton, éd. Gallimard, 1976 (ISBN 978-2070367238), p. 122 (voir la fiche de référence de l'œuvre)
[modifier] Médias
[modifier] Presse
[modifier] Littérature, Enquête — Pourquoi écrivez-vous ?, 1919
Pourquoi j'écris ? Pour essayer de voir plus clair en moi et pour regarder avec plus de passion attentive les spectacles de beauté. Par besoin de formuler pour soi-même mes émotions et de combattre pour mes idées, par amour des mots vivants clairs et colorés de la langue francaise, par goût de l'action libre. Car il n'est aucun mode d'expression qui donne aussi bien le sentiment de la pleine liberté. Devant son papier blanc, l'écrivain a la joie et la fierté de sentir qu'il ne dépend que de lui-même. Et c'est une des plus nobles joies.
- George Lecomte, Président de la Société des Gens de Lettres, donne suite à une enquête concernant son statut d'écrivain menée par le mensuel surréaliste Littérature, ce sur plusieurs numéros.
-
« Notre enquête — Pourquoi écrivez-vous ? », George Lecomte, Littérature, nº 10, Décembre 1919, p. 23
[modifier] Psychanalyse
[modifier] Alberto Eiguer, Le Pervers narcissique et son complice, 1989
Le Champ de la perversion narcissique
Marqué par un narcissisme pathologique, qui le pousse à l' acting out pervers, le pervers narcissique peut « ignorer » son objet. Il peut aussi se sentir envieux de la vitalité, de la pensée autonome, de l'intensité émotionnelle et de la créativité qu'il constate chez son complice, ce qui exacerbe sa possessivité et le conduit à se lancer « à la conquête du territoire psychique de l'autre » [...]. Ce fonctionnement n'est pas rare chez les patients narcissiques qui, dans des situations d'instabilité, vont se sentir poussés à agir ainsi, afin de retrouver l'équilibre que leur soi exige.
-
Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie I. Le Champ de la perversion narcissique, chap. Définition et description générale, p. 5
J. Mc Dougall (1972) souligne que, anesthésié affectivement, le pervers fait tout pour provoquer et développer la jouissance chez son objet, et ceci jusqu'au paroxysme. En revanche, on observe plutôt chez le pervers narcissique une recherche désespérée pour éloigner le danger de la perte de son intégrité narcissique. Il en attend bien davantage un soulagement que le triomphe recherché par la plupart des pervers. Si le pervers narcissique déclenche des émotions, des désirs ou des fantasmes, ils sont rarement voluptueux.
-
Le pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 1989 (ISBN 2 10 002843 X), partie I. Le Champ de la perversion narcissique, chap. Définition et description générale, Différences avec le sadisme, p. 11
[modifier] Alberto Eiguer, Psychanalyse du libertin, 2010
Introduction
Le libertin ne fuit pas l'engagement ; cela est plutôt l'apanage du phobique névrosé, qui redoute de se laisser captiver par le féminin et d'y sombrer, si c'est un homme, ou de succomber aux assauts du phallus, si c'est une femme.
Si le libertin ne croit pas à la relation, c'est aussi par conviction ; pour deux raisons au moins : pour lui, la durée mène à coup sûr au désenchantement, autrement dit à la perte de cette intensité de la rencontre et de la conquête, émotion qu'il cherche par-dessus tout ; l'intimité psychologique de l'autre ne l'intéresse pas.
-
Psychanalyse du libertin, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. Psychismes, 2010 (ISBN 978-2-10-054958-0), partie Introduction, p. 2
[modifier] Psychologie
[modifier] Mary Esther Harding, Les Mystères de la femme, 1953
[...] la femme ne peut devenir une que lorsqu'elle a pleinement conscience des possibilités qui sommeillent dans sa propre nature, qu'elle a éprouvé ce que c'est que d'être enflammée par la passion charnelle et spirituelle et qu'elle a consacré ses facultés au service du dieu de l'instinct. Alors, lorsque l'énergie divine, impersonnelle s'est éveillée en elle, elle parvient à la chasteté de l'âme, à l'unicité ou intégrité de son être, en dédiant son émotion la plus profonde aux dieux de l'instinct, quel que soit le nom qu'elle leur donne.
-
Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. X. Le mariage sacré, p. 234
[...] s'il en reste à un stade relativement infantile au lieu d'incorporer à sa propre psyché les qualités émotionnelles et sentimentales qui devraient lui être transmises par son anima, [l'homme] s'obstine à les chercher hors de lui-même dans leur projection sur une femme, ses rapports avec le principe féminin demeurent inconscients et lui, de ce fait, puéril.
Il pourra chercher tant qu'il voudra des femmes toujours plus jeunes, toujours plus idéalement belles, il restera insatisfait, peut-être même se révélera-t-il impuissant. Il espère encore trouver une satisfaction émotionnelle sous une forme qu'il aurait dû dépasser, il s'accroche vainement à des manières de sentir infantiles. Sa puérilité consiste à croire que la femme qui, pour le moment, lui tient lieu d'anima, comblera son besoin de satisfaction émotionnelles et sexuelles. Il s'attend à ce qu'elle lui donne l'amour dont il a besoin, au lieu de se rendre compte que chez un être adulte l'amour ne peut se libérer de l'engagement instinctuel primitif qu'après de longs efforts, répétés et conscients. Il espère que la vie lui donnera ce qu'il désire, qu'elle sera une mère pour lui. C'est cet espoir même, cependant, qui le prive de sa virilité. C'est selon les termes de l'ancien rite, une castration due à la mère.
-
Les Mystères de la femme (1953), Mary Esther Harding (trad. Eveline Mahyère), éd. Payot & Rivages, coll. Petite Bibliothèque Payot, 2001 (ISBN 2-228-89431-1), chap. XIII. Le sacrifice du fils, p. 297
[modifier] Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, Les Perversions sexuelles et narcissiques, 2005
Perversions narcissiques
« Dérive » manipulatoire de la séduction narcissique, la perversion narcissique appartient à un registre plus public (familial, social) que la perversion sexuelle, d'ordre plus privé. Les manoeuvres semant la confusion dans l'esprit de l'autre relèvent d'un registre de disqualification des sensations, des émotions ou des pensées de l'autre, victime de la séduction perverse qui « l'enferme » dans la toute-puissance du pervers. Chez la victime, cette disqualification des émotions et de la pensée crée une « dé-fantasmatisation », une « désymbolisation » et détruit les différences entre les registres psychiques, créant une confusion sur laquelle « joue » le pervers narcissique.
Ces disqualifications apparaissent volontiers dans le champ de la communication, de l'omission de qualification (une mère se plaint que son enfant ne fait pas de sport, s'il en fait, elle dit alors qu'il ferait mieux de faire de la musique), de la surestimation narcissique mensongère de l'objet (flatterie) qui a pour but de contrôler celui-ci... Un autre procédé est l' induction (Eiguer, 1996) : la victime se laisse abuser, parce qu'elle peut se trouver dans une situation de faiblesse, de fragilité. Le pervers le perçoit et va alors faire éprouver à la victime des sentiments inhabituels pour elle mais qui appartiennent au sujet pervers. Utilisant l'identification projective, il délègue et dépose dans l'autre des affects et des idées dont il souhaite se débarrasser. Pousser la victime parfois jusqu'à la faute pour ensuite la critiquer et la mettre à sa merci, tel est le but pervers du « détournement » de toute relation.
-
Les Perversions sexuelles et narcissiques, Gérard Pirlot/Jean-Louis Pedinielli, éd. Armand Colin, coll. 128 Psychologie, 2005 (ISBN 2-200-34042-7), partie IV. Perversions narcissiques, chap. 1. Pourquoi l'extension du terme ?, 1.4 Perversion narcissique a) Pathologie de l'agir de parole, p. 105
[modifier] Cédric Roos, La relation d'emprise dans le soin, 2006
La relation d'emprise (cadre psychanalytique)
[...] il existe une différence fondamentale entre le pervers narcissique et le psychopathe : la violence psychopathique est impulsive, liée à une irritabilité et une agressivité permanentes ; elle peut éclater n’importe où, n’importe quand, en dépit des lois, et sans aucune limite. Le pervers narcissique dispose lui d’un meilleur contrôle émotionnel que le psychopathe ; plus manipulateur, il exerce sa violence insidieusement, ce qui lui permet de préserver son image dans la société, et souvent même d’occuper des postes de pouvoir. Sa violence est instrumentale, dirigée vers un but précis, au mépris de l’ordre et des lois.
-
La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise Le pervers narcissique : conformer l'autre en un identique, dans [1], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Sur le plan social, l’obsessionnel est conformiste, respectueux des convenances et des lois. Sur le plan personnel, il se montre exigeant, dominateur, intolérant, égoïste et avare ; il redoute les débordements émotionnels et apparaît froid et peu démonstratif. Ayant besoin de tout maîtriser, il ne supporte chez l’autre aucune singularité. Sa violence s’exerce par la contrainte et par la force, pour contrôler, modifier ou freiner tout ce qui lui est extérieur. N’usant pas de la violence physique par peur des sanctions plus que par intérêt pour autrui, sa destructivité intervient au quotidien par une pression et un contrôle incessants.
-
La relation d'emprise dans le soin, 2006, La relation d'emprise (cadre psychanalytique) : Du point de vue de l'instigateur d'une relation d'emprise L'obsessionnel : détruire l'autre parce qu'il est différent, dans [2], paru Textes Psy, Cédric Roos.
Modèle cognitivo-comportemental
Au contraire de l’apprentissage libre, la programmation se réalise unilatéralement, depuis l’extérieur du sujet. Ce dernier obéit alors à un ordre, sans pour autant intégrer toute l’information. La programmation correspond à l’introduction chez un sujet, dans un climat émotionnel intense, d’instructions induisant un schéma comportemental invariable et prédéfini face à un stimulus donné. Le sujet activera ultérieurement, inconsciemment et docilement, une conduite adaptée à un contexte préétabli. L’information ainsi mémorisée a valeur d’ordre pour le sujet qui ne peut s’y soustraire ; la réponse comportementale sera invariable, quelle que soit la personne qui se trouvera alors en face d’elle. Il s’agit là d’un conditionnement, c’est une forme de dressage.
-
La relation d'emprise dans le soin, 2006, Modèle cognitivo-comportemental : Pratiques relationnelles ou praxis Programmation, dans [3], paru Textes Psy, Cédric Roos.